Parent solo, permission d’aimer à nouveau
Avoir une vie affective et rester parent, un défi au quotidien !
Après la rupture de Bruce Fisher – Editions Dunod
Certains parents solos peinent à reprendre leur vie affective après un divorce. Culpabilité, peur de l’échec ou manque de temps : comment s’autoriser le bonheur à deux ?
Une séparation amoureuse est toujours un moment délicat dans la vie d’un homme ou d’une femme. Que la relation ait duré quelques mois ou des années, qu’elle ait donné naissance à une ribambelle d’enfants ou qu’elle ait été une passion orageuse dans un huit clos amoureux : la séparation transforme chaque individu d’une façon irrémédiable et plus ou moins perceptible.
Le parent solo : les raisons d’un célibat plus long
Lorsqu’elle sépare un couple avec enfants, la rupture engendre souvent des difficultés plus tangibles pour le parent qui obtient, ou prend à l’amiable, la décision de garder les enfants. Obligé de faire face à cette vie en tête à tête avec le ou les enfants, l’adulte en situation de monoparentalité hésite souvent à avoir une vie affective stable. A contrario, le parent seul (plus souvent l’homme) se remarie ou se réinstalle en moyenne au bout de 2 ans dans une nouvelle vie à deux contre 5 ans pour le parent ayant la garde des enfants (1).
La responsabilité quotidienne des enfants, l’intendance et le besoin naturel de faire le deuil de la relation précédente entraînent souvent le parent solo à rester plus longtemps en situation de célibat. La peur de “chambouler” les enfants ou de leur laisser penser qu’on “remplace” le parent absent sont autant de raisons qui mènent l’adulte monoparentale à refuser souvent les opportunités de revivre une relation amoureuse.
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Les effets négatifs du huit clos parent-enfant
Mais ces raisons qui mettent l’enfant, malgré lui, au cœur même d’un choix qui ne le “concerne” pas dans le sens absolu, opèrent insidieusement un glissement inapproprié de la sphère privée et intime du parent dans celle, déjà fragile, de la famille monoparentale.
Cette situation, souvent involontaire, laisse parfois penser à l’enfant qu’il peut être, peu ou prou, responsable du bonheur, ou du “non bonheur”, de son parent. Même s’il est bénéfique et recommandé par les psychologues et les thérapeutes de ne pas se précipiter dans une nouvelle liaison trop vite après une rupture, ce temps de repli sur soi ne doit pas déboucher sur la négation de sa propre vie.
La famille monoparentale : un “donjon” imprenable ?
Il est aussi fréquent de voir que le parent solo, même lorsqu’il entrouvre la porte de son donjon familial à un potentiel conjoint, ne facilite guère l’accueil du nouveau venu. Ce dernier est accusé de tous les maux : “Il/elle n’aime pas mes enfants”, “Il/elle me veut pour lui seul”, etc.
Nonobstant la réalité de ces problèmes dans certains cas, il est intéressant de voir combien ces reproches reflètent une forme de fusion “parent-enfants” dans certaines familles monoparentales, les rendant de ce fait structurellement incapables d’intégrer un tiers, quel qu’il soit.
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Parent solo : le poids de la culpabilité et masochisme expiatoire
A contrario, certains parents en situation de monoparentalité s’enferment, quant à eux, dans leur rôle de père ou de mère omnipotent, sur-protégeant parfois leur enfant. Ces personnes, ayant en général subi et non choisi la rupture, vivent leur nouvelle situation comme la résultante d’une faute qu’elles auraient commise.
Pétries de culpabilité, elles n’ont de cesse de chercher le pardon. Marquées dans leur amour propre et entachées par l’échec de leur précédente relation, elles n’envisagent pas comme possible le retour à une forme de sérénité amoureuse. Toute rencontre est menée volontairement à l’échec dans un rituel de masochisme expiatoire.
Une solution : solder ses comptes avec son passé pour mieux avancer
Mais faire le choix de s’ouvrir à une nouvelle relation relève surtout de la capacité à tourner les pages de son passé. Se redonner ce droit au bonheur à deux implique de croire que “l’échec n’annule pas la valeur de l’effort”. Apprendre à tirer des enseignements positifs, même de ses erreurs, est une étape parfois douloureuse, mais nécessaire pour se trouver à nouveau digne d’amour.
Quelques suggestions pour ne plus être, peut-être un jour, un “monoparental”
• Faites le point avec votre passé amoureux : écrire un journal intime pour mieux comprendre ce qui fait blocage à votre sérénité, consulter un thérapeute ou un psychologue pour analyser les mécanismes de votre rapport à l’amour et à l’abandon, clarifier vos rapports avec votre ex-conjoint afin de vous délester des “possibles” qui peuvent vous inciter à faire du sur-place.
• Repositionner les rôles de chacun au sein de votre famille : ne jouez pas au “parent-confident” avec vos enfants, réinstaurez votre autorité clairement et sans ambiguïté, ne sollicitez pas l’avis de vos enfants sur le choix de vos partenaires, acceptez que votre futur conjoint potentiel “n’aimera” jamais vos enfants comme vous les aimez, et autorisez-le à nouer un rapport différent, laissez-lui du temps pour faire sa place au sein de votre tribu.
• Donnez-vous le temps et des moyens réels pour retrouver l’amour : réservez-vous, dans la mesure du possible, un budget loisirs sans vos enfants, chouchoutez-vous un peu tous les jours (activités sportives, coiffure, vêtements et détente), passez du temps avec vos amis, provoquez la rencontre, si vous vous sentez prêt(e), en fonction de votre tempérament (sites de rencontres sur Internet, speed dating, croisière entre célibataires… ou beaucoup moins cher : l’inconnu(e) croisé chaque matin au coin de votre rue !).
Au final, le parent célibataire n’est plus une “curiosité”, comme il a pu l’être il y a encore quelques décennies. Même s’il existe des personnes qui fuient dès qu’elles voient un chérubin vous talonner d’un peu trop près, l’augmentation du nombre de familles recomposées est le signe d’un vrai changement des mentalités !
Le parent solo, prêt à reprendre pleinement possession de son rôle d’adulte, est certainement le meilleur modèle pour l’équilibre psycho-affectif de son enfant. Mais c’est aussi et surtout, le meilleur moyen, de prendre conscience qu’on ne “refait” pas sa vie après une rupture, on la continue ! Alors et vous, vous avancez quand ?
À lire : Après la rupture, de Bruce Fisher, éditions Dunod, 2005.
(1) Rapport de l’INSEE : “Refaire sa vie de couple 2001″